L’équipe Stack de l’IMT Atlantique récompensée par un Distinguished Workshop Paper Award pour ses travaux sur la sobriété numérique
Dégrader délibérément le fonctionnement d’un logiciel permet-il d’économiser de l’énergie dans le cloud ? C’est la question au cœur des travaux de Lucas Gazeau et Thomas Ledoux, chercheurs au sein de l’équipe Stack (IMT Atlantique / Inria / LS2N). Leur étude, intitulée « Feature Degradation for Frugality: A Case Study of Overleaf Application », a reçu le Distinguished Paper Award lors du workshop GreenArch de la conférence ICSA 2026 (IEEE International Conference on Software Architecture). Une recherche menée dans le cadre du projet Taranis (PEPR Cloud).
Mettre à l’épreuve la dégradation de service sur une vraie application
Face à l’impact environnemental du numérique (qui représente 1,5 % à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre), la dégradation de service constitue une approche étudiée pour réduire la consommation énergétique
Historiquement développée pour prévenir les pannes de serveur en période de charge élevée, cette méthode repose sur la désactivation temporaire de certaines fonctionnalités.
Jusqu’ici, peu d’études avaient mesuré l’impact énergétique de cette approche sur de véritables logiciels déployés en production. L’étude évalue ainsi ce principe sur l’application Overleaf, l’éditeur de documents scientifiques en ligne.
Mesure de la dégradation sur le service de compilation
Les mesures réalisées sur la plateforme expérimentale Grid’5000 ont d’abord montré que la compilation des documents représente environ 90 % de la consommation énergétique d’Overleaf. Les expérimentations se sont donc concentrées sur ce service.
En simulant une charge d’utilisateurs sur le système, les chercheurs ont évalué l’impact du « fast mode » d’Overleaf. Ce paramètre dégrade la compilation en remplaçant les images du document par de simples cadres vides pour éviter des calculs graphiques. Les tests indiquent que chaque requête de compilation consomme entre 4 % et 15 % d’énergie en moins selon le matériel et la charge.
L’effet rebond : les limites de l’approche technique
L’étude met toutefois en évidence un effet rebond : en rendant la compilation plus rapide, la charge simulée permet d’exécuter davantage de compilations (+4 % à +29 % observés). Le gain obtenu par requête est ainsi compensé par l’augmentation du volume de traitement, ce qui peut conduire à une hausse de la consommation totale d’énergie.
La dégradation technique seule ne garantit donc pas une baisse de la consommation globale. Pour tenter de limiter cet effet rebond, l’étude propose une piste de réflexion : explorer l’intégration de mécanismes incitatifs (éco-feedback, nudges verts, comparaison sociale) dès la conception logicielle afin d’encourager des usages plus sobres.
Un projet ancré dans la stratégie France 2030
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet Taranis, financé par le PEPR Cloud (Programme et Équipements Prioritaires de Recherche) au sein du plan France 2030. Ce programme vise à développer les briques scientifiques et techniques d’un cloud souverain, résilient et écoresponsable.
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